
La peur de la souffrance physique du sevrage ne doit plus être un obstacle à votre liberté : la médecine moderne dispose de protocoles précis et de médicaments non addictifs pour gérer chaque symptôme.
- Le calendrier du manque est prévisible et les pics de souffrance peuvent être anticipés et atténués par des solutions ciblées comme la clonidine.
- Des risques majeurs comme la déshydratation sont évités grâce à des plans d’hydratation stricts et des signaux d’alerte clairs.
Recommandation : N’affrontez pas ce processus seul. Discutez de ces options avec un médecin pour construire un plan de sevrage sécurisé et personnalisé qui traite votre douleur, pas seulement votre dépendance.
Je comprends votre peur. Cette terreur quasi viscérale qui vous saisit à l’idée d’arrêter. La perspective de la douleur, des crampes, des nuits sans sommeil, des sueurs froides… C’est une montagne qui semble insurmontable. En tant que médecin spécialiste de la douleur, je rencontre chaque jour des patients comme vous, prisonniers non seulement du produit, mais surtout de l’anticipation de la souffrance physique du sevrage. L’imaginaire collectif, nourri de scènes dramatiques, dépeint le sevrage comme une épreuve de torture pure, une question de volonté face à un corps en rébellion.
Les conseils habituels, bien que bien intentionnés, sont souvent insuffisants. « Il faut tenir bon », « c’est comme une grosse grippe », « buvez de l’eau ». Ces phrases sonnent creux face à l’intensité du cataclysme physiologique qui se prépare. Elles ignorent la réalité biochimique de la dépendance et la tempête qui s’abat sur votre système nerveux lorsque les neuro-récepteurs, habitués à une stimulation constante, crient famine.
Mais si la véritable clé n’était pas la force de caractère, mais la science ? Si au lieu d’une épreuve de volonté, le sevrage était un processus médical à planifier, avec des outils précis pour chaque symptôme ? Cet article n’est pas un encouragement de plus. C’est un plan d’action, rédigé par un médecin. Mon objectif est de déconstruire le mythe de la souffrance inévitable. Nous allons disséquer ensemble, symptôme par symptôme, les mécanismes de votre douleur et, surtout, les solutions médicales concrètes, souvent non addictives, qui existent pour la neutraliser.
Ensemble, nous allons transformer votre peur en connaissance et la connaissance en pouvoir. Le pouvoir de dire « stop » sans que votre corps ne vous déclare la guerre. Vous découvrirez un calendrier précis des événements, des stratégies contre la déshydratation, l’arsenal thérapeutique disponible, et les lignes rouges à ne jamais franchir seul. Il est temps de voir le sevrage non pas comme un enfer à traverser, mais comme une transition médicale à gérer.
Cet article vous guidera à travers les étapes cruciales de la gestion médicale du sevrage. En comprenant la logique derrière chaque symptôme et chaque traitement, vous serez armé non seulement pour affronter le processus, mais pour le maîtriser.
Sommaire : Comprendre et maîtriser médicalement le sevrage des opioïdes
- Du 1er au 10ème jour : quel est le calendrier exact de votre souffrance physique ?
- Diarrhées et vomissements : comment éviter la déshydratation sévère pendant le pic de manque ?
- Clonidine et Lopéramide : quels médicaments non-addictifs calment vraiment les symptômes ?
- Impatiences nocturnes : pourquoi vos jambes bougent-elles toutes seules et comment les calmer ?
- Dans quel cas médical est-il dangereux de tenter un sevrage seul chez soi ?
- Combien de temps les effets psychoactifs persistent-ils réellement après la dernière prise ?
- Agoniste partiel ou complet : pourquoi le Subutex ne fait-il pas le même effet que la Méthadone ?
- Au-delà du produit, comment la psychologie soigne-t-elle les blessures qui ont causé l’addiction ?
Du 1er au 10ème jour : quel est le calendrier exact de votre souffrance physique ?
La peur la plus paralysante est souvent celle de l’inconnu. Savoir à quoi s’attendre, et quand, est la première étape pour reprendre le contrôle. Le sevrage des opioïdes n’est pas un chaos imprévisible ; c’est une séquence de réactions biochimiques avec un calendrier étonnamment précis. Ce calendrier dépend de la demi-vie du produit que vous consommiez : courte (héroïne, oxycodone) ou longue (méthadone).
Pour un opioïde à action brève, le compte à rebours commence vite. Les premiers signes, semblables à une grippe naissante – bâillements, sueurs, yeux larmoyants, nez qui coule – peuvent apparaître dès 6 à 12 heures après la dernière prise. Votre corps, privé de sa dose, commence à manifester son mécontentement. Ce n’est que le début de l’hyperactivité du système nerveux sympathique, qui était jusqu’alors freiné par l’opioïde.
Le véritable combat se joue entre 24 et 72 heures. C’est le pic, la « tempête noradrénergique ». Aux symptômes physiques s’ajoutent des vagues de frissons, des douleurs musculaires diffuses, des crampes abdominales, des nausées, des vomissements et des diarrhées. Sur le plan psychologique, l’anxiété, l’irritabilité et une envie impérieuse de consommer (le craving) deviennent intenses. C’est le moment le plus difficile, où le corps et l’esprit semblent vous trahir. Mais c’est aussi un pic prévisible.
Après 72 heures, le plus dur est souvent passé. Les symptômes physiques commencent à décroître en intensité. La phase aiguë se résout progressivement sur 5 à 7 jours. Pour les produits à longue durée d’action, ce calendrier est étiré : les symptômes apparaissent plus tard (24-48h) et le pic peut durer jusqu’à deux semaines. Connaître ce déroulement permet de ne pas voir la souffrance comme un état sans fin, mais comme une vague avec un début, un sommet et une fin. Selon le Centre de toxicomanie et de santé mentale du Canada, une résolution progressive des symptômes les plus aigus survient en 3 à 5 jours pour les substances à action brève.
Chaque heure passée après le pic est une petite victoire, un pas de plus vers la libération de votre corps. C’est une bataille, oui, mais une bataille avec une fin programmée.
Diarrhées et vomissements : comment éviter la déshydratation sévère pendant le pic de manque ?
Pendant le pic du sevrage, entre 24 et 72 heures, votre système digestif, longtemps ralenti par les opioïdes, se réveille brutalement. Cette « reprise de service » explosive se manifeste par des diarrhées et des vomissements qui peuvent être non seulement épuisants, mais surtout dangereux. Le risque principal n’est pas l’inconfort, mais la déshydratation sévère, qui peut entraîner des complications graves : insuffisance rénale, troubles du rythme cardiaque, confusion mentale. Gérer cet aspect est une priorité médicale absolue.
L’instruction « buvez de l’eau » est ici largement insuffisante. Lorsque vous perdez des fluides par vomissements et diarrhées, vous perdez aussi des électrolytes essentiels (sodium, potassium). Boire uniquement de l’eau peut aggraver ce déséquilibre. La solution se trouve dans les Solutés de Réhydratation Orale (SRO), disponibles en pharmacie. Ces poudres contiennent le ratio exact de sucre et de sels pour permettre à votre corps d’absorber l’eau efficacement, même quand votre système digestif est en crise.
Il faut boire de petites quantités très régulièrement, même si vous n’avez pas soif ou que l’envie de vomir est présente. Une cuillère à soupe toutes les cinq minutes est plus efficace qu’un grand verre d’un coup. Côté alimentation, oubliez les repas normaux. Adoptez le régime « BRAT » (Banane, Riz, compote de Pomme, Toast). Ces aliments sont fades, pauvres en fibres et aident à « resserrer » les selles.
Il est crucial de savoir reconnaître les signaux d’alarme d’une déshydratation avancée, qui nécessitent une prise en charge médicale d’urgence. Apprenez à les identifier pour agir à temps.

Comme le montre l’illustration d’un test d’élasticité cutanée, un des signes les plus connus est le « pli cutané » : si vous pincez la peau de votre main ou de votre avant-bras et qu’elle met du temps à revenir en place, c’est un signe de déshydratation. D’autres signaux incluent une bouche sèche, l’absence d’urine pendant plus de 8 heures, des vertiges importants ou un état de confusion. N’attendez jamais d’en arriver là. Un protocole d’hydratation strict, comme le préconise le Manuel Merck, est votre meilleure assurance.
En planifiant votre hydratation aussi sérieusement que votre sevrage, vous éliminez l’un des risques les plus concrets et les plus évitables du processus.
Clonidine et Lopéramide : quels médicaments non-addictifs calment vraiment les symptômes ?
L’idée de prendre des médicaments pour arrêter un médicament peut sembler paradoxale. Pourtant, la gestion médicale moderne du sevrage repose sur une distinction capitale : l’utilisation de molécules non-addictives pour traiter spécifiquement les symptômes du manque, sans créer une nouvelle dépendance. Deux médicaments se distinguent par leur efficacité et leur sécurité : la Clonidine et le Lopéramide. Ils ne sont pas des « pilules magiques » mais des outils pharmacologiques précis qui ciblent la source de votre souffrance.
La Clonidine est la pierre angulaire du traitement symptomatique. À l’origine un médicament pour l’hypertension, elle agit en calmant l’hyperactivité du système nerveux sympathique. C’est cette « tempête » qui cause les sueurs, les frissons, l’anxiété, les crampes et l’agitation. En diminuant la libération de noradrénaline dans le cerveau, la Clonidine met un « couvercle » sur cette effervescence. Elle n’a aucun effet euphorisant et ne présente aucun potentiel d’abus. C’est un régulateur, un stabilisateur qui vous permet de traverser le pic du sevrage sans être submergé par le chaos physique.
Le Lopéramide (connu sous le nom commercial Imodium®) est votre allié pour le front digestif. C’est un opioïde, mais avec une particularité cruciale : il ne traverse quasiment pas la barrière hémato-encéphalique. Cela signifie qu’il agit localement sur les récepteurs opioïdes de votre intestin pour ralentir le transit et stopper les diarrhées, mais sans produire le moindre effet psychoactif ou euphorisant. Utilisé aux doses recommandées, il contrôle efficacement l’un des symptômes les plus invalidants du sevrage, vous aidant à rester hydraté et à conserver votre énergie.
L’approche médicale est précise et s’appuie sur des protocoles validés. Comme le souligne l’édition professionnelle du Manuel Merck, l’un des ouvrages de référence en médecine :
La clonidine, médicament adrénergique d’action centrale, inhibe la symptomatologie végétative du sevrage des opioïdes. Les posologies initiales sont de 0,1 mg par voie orale toutes les 4 à 6 heures.
– Manuel Merck, Édition professionnelle du Manuel Merck
Ces médicaments, prescrits et supervisés par un médecin, ne sont pas une béquille, mais une armure. Ils ne font pas le travail à votre place, mais ils vous donnent les moyens physiques de le faire.
Impatiences nocturnes : pourquoi vos jambes bougent-elles toutes seules et comment les calmer ?
Parmi les symptômes les plus déroutants et épuisants du sevrage se trouve le syndrome des jambes sans repos, ou « impatiences ». Cette sensation quasi indescriptible d’un besoin impérieux de bouger les jambes, souvent accompagnée de fourmillements, de picotements ou de douleurs sourdes, atteint son paroxysme la nuit, anéantissant toute chance de trouver le sommeil réparateur dont vous avez désespérément besoin. Vous n’êtes pas en train de devenir fou : il y a une explication neurobiologique claire à ce phénomène.
Les opioïdes, en plus de leurs effets analgésiques, influencent les circuits de la dopamine dans le cerveau, un neurotransmetteur clé dans le contrôle des mouvements. Lorsque vous arrêtez, ce système est temporairement dérégulé. Cette perturbation, combinée à l’hyperactivité générale du système nerveux (la fameuse « tempête noradrénergique »), se traduit par ces signaux moteurs aberrants. Vos jambes bougent « toutes seules » parce que les centres de contrôle du mouvement dans votre cerveau envoient des messages chaotiques.
La bonne nouvelle est qu’il existe des stratégies pour calmer cette rébellion. La Clonidine, déjà mentionnée pour son action sur les symptômes généraux, est également efficace ici. En réduisant l’hyperactivité du système nerveux sympathique, elle aide à apaiser cette agitation motrice. Mais des approches non-médicamenteuses sont tout aussi cruciales. La chaleur (bains chauds, bouillotte), les massages profonds et les étirements doux avant de se coucher peuvent apporter un soulagement significatif. L’idée est de « bombarder » les nerfs de vos jambes avec des sensations physiques contrôlées et apaisantes pour court-circuiter les signaux de l’impatience.
Il est aussi essentiel d’adopter une hygiène de sommeil stricte, en évitant les excitants comme la caféine et la nicotine, surtout en fin de journée. L’application d’un plan d’action concret peut faire une différence majeure entre une nuit d’enfer et une nuit de repos relatif.
Plan d’action pour apaiser les impatiences nocturnes :
- Points de contact : Identifiez les moments où les impatiences sont les pires (généralement le soir au repos) et préparez votre rituel en conséquence.
- Collecte : Préparez votre « kit » de soulagement : une balle de tennis pour les massages, une couverture lestée, une bouillotte.
- Cohérence : Chaque soir, appliquez la même routine : bain chaud, puis 10 minutes de massages profonds sur chaque jambe, suivies de 30 secondes d’étirements des mollets et des quadriceps.
- Mémorabilité/émotion : Notez sur une échelle de 1 à 10 l’intensité de vos impatiences chaque matin pour voir la progression et vous encourager. L’effet calmant de la couverture lestée peut être particulièrement rassurant.
- Plan d’intégration : Évitez scrupuleusement les écrans 2 heures avant le coucher et toute caféine après 14h pour ne pas saboter vos efforts.
En comprenant que ce symptôme n’est qu’un « bug » temporaire du système nerveux, et en appliquant ces techniques, vous pouvez regagner le contrôle de vos nuits.
Dans quel cas médical est-il dangereux de tenter un sevrage seul chez soi ?
La décision d’arrêter est un acte de courage immense. Cependant, dans certaines situations, le courage ne suffit pas et peut même devenir de l’imprudence. Le sevrage des opioïdes, bien que rarement mortel en lui-même (contrairement au sevrage de l’alcool ou des benzodiazépines), peut devenir extrêmement dangereux si certains facteurs de risque sont présents. Tenter un sevrage « à la dure » chez soi, sans supervision médicale, est formellement contre-indiqué dans des cas bien précis. L’honnêteté envers vous-même et votre médecin sur ces points n’est pas une option, c’est une question de survie.
Le premier drapeau rouge majeur est la polyconsommation. Si votre dépendance aux opioïdes s’accompagne d’une consommation régulière et importante d’alcool, de benzodiazépines (Xanax®, Valium®, etc.) ou d’autres sédatifs, le sevrage à domicile est une porte ouverte au désastre. L’arrêt simultané de ces substances peut provoquer des convulsions, un delirium tremens ou des complications cardiaques potentiellement létales. Dans ce cas, une hospitalisation est obligatoire pour un sevrage sécurisé.
Des conditions médicales préexistantes constituent le deuxième facteur de risque critique. Si vous souffrez de problèmes cardiaques (insuffisance, arythmie), de troubles respiratoires (apnée du sommeil sévère), d’insuffisance rénale ou hépatique, le stress intense du sevrage peut décompenser votre état. Le déséquilibre électrolytique causé par les vomissements et diarrhées peut être fatal pour un cœur déjà fragile. Une surveillance médicale continue est alors indispensable.
Enfin, la santé mentale et le contexte social sont déterminants. Un trouble psychiatrique non stabilisé (dépression sévère, trouble bipolaire, schizophrénie) ou un isolement social complet sont des contre-indications formelles. Le sevrage exacerbe l’angoisse et la détresse psychologique, augmentant le risque de passage à l’acte suicidaire. De plus, être seul signifie qu’en cas de complication médicale aiguë, personne ne sera là pour appeler les secours. La Haute Autorité de Santé (HAS) en France a défini des critères clairs pour évaluer ces risques.
Le tableau suivant, inspiré des recommandations de la Haute Autorité de Santé, vous aidera à évaluer objectivement votre situation. Si vous vous reconnaissez dans une seule de ces lignes, le sevrage ambulatoire (à domicile) n’est pas pour vous.
| Critère de risque | Conséquence | Action requise |
|---|---|---|
| Polyconsommation (benzodiazépines/alcool) | Risque de convulsions, delirium | Hospitalisation obligatoire |
| Antécédents cardiaques | Arythmies, défaillance cardiaque | Surveillance médicale 24/7 |
| Troubles psychiatriques non stabilisés | Décompensation, suicide | Prise en charge psychiatrique |
| Grossesse | Risque fœtal, fausse couche | Suivi obstétrical spécialisé |
| Isolement social complet | Pas de secours en urgence | Structure d’accueil nécessaire |
Choisir un cadre sécurisé n’est pas un aveu de faiblesse, mais la plus grande preuve de votre détermination à réussir.
Combien de temps les effets psychoactifs persistent-ils réellement après la dernière prise ?
Une question obsédante durant le sevrage est : « Quand est-ce que ça s’arrête ? ». Il est crucial de distinguer la durée des effets psychoactifs immédiats, la durée du sevrage aigu, et la persistance de certains symptômes à long terme. Comprendre cette triple chronologie est essentiel pour gérer vos attentes et ne pas vous décourager.
La durée de l’effet psychoactif (« le high ») est souvent très courte. Pour l’héroïne ou le fentanyl, on parle de quelques heures seulement. C’est cette brève durée d’action qui alimente le cycle de la dépendance, poussant à une consommation répétée pour éviter l’apparition du manque. Les opioïdes sur ordonnance comme l’oxycodone ont une action un peu plus longue, de 4 à 6 heures, tandis que les traitements de substitution comme la méthadone peuvent agir pendant 24 à 36 heures.
La période de détection dans l’urine est, elle, plus longue que l’effet ressenti. Elle dépend de nombreux facteurs (métabolisme, hydratation, fréquence de consommation) mais donne une idée du temps nécessaire à l’élimination complète du produit par l’organisme. Cela n’a que peu d’impact sur le ressenti du sevrage, mais c’est une donnée objective de la « purification » de votre corps.

Cependant, la fin du sevrage aigu (généralement après 7-14 jours) ne signe pas toujours la fin de tous les symptômes. Il est essentiel d’être conscient de l’existence du Syndrome de Sevrage Post-Aigu (SSPA), ou PAWS en anglais. Comme le documente le portail Psychomedia.qc.ca, après la résolution des symptômes physiques intenses, une phase de symptômes plus diffus mais bien réels peut persister pendant des semaines, voire des mois. Il s’agit principalement de troubles de l’humeur (anxiété, irritabilité), d’anhédonie (incapacité à ressentir du plaisir), de troubles du sommeil et de fatigue. Ce n’est pas un signe de faiblesse ou une « rechute » des symptômes ; c’est le temps nécessaire à votre cerveau pour rééquilibrer sa chimie interne, notamment les systèmes dopaminergiques et noradrénergiques.
Le tableau suivant résume les durées d’action et de détection des principaux opioïdes pour vous donner une vision claire de la pharmacocinétique de ces substances.
| Opioïde | Effet psychoactif | Demi-vie | Détection urinaire |
|---|---|---|---|
| Héroïne | 3-5 heures | 30 minutes | 1-3 jours |
| Fentanyl | 1-2 heures | 3-7 heures | 1-3 jours |
| Oxycodone | 4-6 heures | 3-5 heures | 2-4 jours |
| Méthadone | 24-36 heures | 24-55 heures | 7-10 jours |
| Buprénorphine | 24-72 heures | 37 heures | 7-14 jours |
Savoir que le SSPA existe et est un phénomène normal et temporaire permet de ne pas l’interpréter comme un échec personnel et de chercher le soutien psychologique adéquat pour traverser cette seconde phase du rétablissement.
Agoniste partiel ou complet : pourquoi le Subutex ne fait-il pas le même effet que la Méthadone ?
Dans l’arsenal des traitements de substitution aux opiacés (TSO), la Méthadone et la Buprénorphine (Subutex®, Suboxone®) sont les deux options principales. Pour le patient, la différence d’effet peut être déroutante. Pourquoi l’un procure une sensation différente de l’autre ? La réponse est purement pharmacologique et réside dans les concepts d’agoniste complet et d’agoniste partiel.
Imaginez vos récepteurs opioïdes comme des serrures. Une drogue comme l’héroïne est une clé qui s’insère parfaitement et ouvre la porte en grand, provoquant un effet maximal (euphorie, analgésie). La Méthadone est un agoniste complet : c’est une autre clé qui, elle aussi, ouvre la porte en grand. Elle occupe les récepteurs et les active pleinement, ce qui permet de supprimer totalement le manque et le craving, sans pour autant provoquer le « rush » de l’héroïne grâce à sa longue durée d’action. Comme le résume une source d’information scientifique :
La méthadone est un agoniste complet des récepteurs opioïdes de type mu : elle vient se substituer à l’opiacé en occupant totalement les récepteurs, ce qui évite le manque.
– Équipe éditoriale Maad Digital, Maad Digital – Média d’information scientifique
La Buprénorphine (Subutex®) est un agoniste partiel. C’est une clé un peu différente. Elle s’insère très bien dans la serrure, et y reste même plus longtemps que les autres (haute affinité), empêchant ainsi l’héroïne ou d’autres opioïdes de s’y fixer. Cependant, elle n’ouvre la porte qu’à moitié. Elle active le récepteur, mais de manière beaucoup moins intense qu’un agoniste complet. Cet effet « plafond » est un avantage de sécurité majeur : même en augmentant les doses, on n’atteint jamais le niveau d’activation (et donc de dépression respiratoire) d’un agoniste complet. Cela explique pourquoi le risque de surdose fatale est quasi-nul avec la buprénorphine seule.
Cette différence explique aussi pourquoi certains patients se sentent « mieux » ou « plus normaux » sous buprénorphine, qui laisse une plus grande « plage » de sensations, tandis que d’autres préfèrent la méthadone qui « tient » et « couvre » plus complètement. Il n’y a pas un « meilleur » traitement ; il y a le traitement le plus adapté à la situation clinique, au niveau de dépendance et au projet de vie du patient. La buprénorphine est souvent privilégiée pour des dépendances moins sévères ou pour des patients très motivés à avoir un traitement moins « lourd », tandis que la méthadone reste l’étalon-or pour les dépendances les plus sévères.
Le choix entre ces deux molécules est une décision médicale stratégique, prise avec vous, pour vous. C’est une illustration parfaite de la manière dont la médecine personnalise ses outils pour s’adapter à votre parcours unique.
À retenir
- Le sevrage n’est pas un test de volonté mais un processus physiologique dont les symptômes peuvent être gérés par des médicaments non addictifs comme la clonidine.
- La sécurité est la priorité : la déshydratation doit être combattue activement et certaines conditions (polyconsommation, troubles cardiaques) exigent une hospitalisation.
- La guérison est un processus en deux temps : après la phase aiguë, le syndrome de sevrage post-aigu (SSPA) peut survenir et nécessite un soutien psychologique.
Au-delà du produit, comment la psychologie soigne-t-elle les blessures qui ont causé l’addiction ?
Traverser le sevrage physique est une victoire immense, mais ce n’est que la première étape d’un long voyage. L’addiction n’est que très rarement une simple question de plaisir ou d’habitude. Le plus souvent, elle est la conséquence d’une souffrance sous-jacente : un traumatisme, une anxiété chronique, une dépression, un sentiment de vide… Le produit n’était qu’une automédication, une tentative maladroite et destructrice de panser une blessure invisible. Une fois le corps sevré, l’âme, elle, est encore à vif. C’est ici que la psychologie et la thérapie prennent le relais, non pas pour traiter la dépendance, mais pour soigner la personne.
L’objectif de la prise en charge psychologique est double. D’abord, il s’agit de développer des stratégies de prévention de la rechute. Apprendre à identifier les situations à risque, les émotions « déclencheurs », et mettre en place des plans d’action concrets pour y faire face sans recourir au produit. Des approches comme la Thérapie Cognitivo-Comportementale (TCC) sont extrêmement efficaces pour déconstruire les automatismes « stress → craving → consommation » et les remplacer par des comportements plus sains.
Mais le travail le plus profond est ailleurs. Il s’agit d’aller à la racine du mal. Pourquoi avez-vous eu besoin, un jour, de cette béquille chimique ? Qu’est-ce que le produit anesthésiait ? La thérapie offre un espace sécurisé pour explorer ces questions, pour mettre des mots sur des douleurs anciennes, pour reconstruire une estime de soi abîmée et pour trouver, ou retrouver, un sens à sa vie en dehors de la consommation. C’est un processus qui peut être long et difficile, mais c’est le seul qui garantisse une sobriété durable et épanouie. Les statistiques le prouvent : le soutien psychologique est un facteur déterminant de la réussite à long terme. Comme le rapporte le site AddictAide.fr, parmi les personnes abstinentes depuis plus de 2 ans, 90% le restent pendant au moins 10 ans, démontrant la robustesse d’un rétablissement bien accompagné.
Comme le formule si justement la Haute Autorité de Santé, le but ultime est bien plus ambitieux que la simple abstinence :
Le projet de soins implique une équipe pluridisciplinaire s’inscrivant dans une alliance thérapeutique avec le patient. Le but est de permettre à celui-ci de trouver ou de retrouver une autonomie et une liberté psychique.
– Haute Autorité de Santé, Conférence de consensus HAS
Le sevrage physique vous rend votre corps. La thérapie vous rend à vous-même. C’est en combinant ces deux approches que vous ne vous contenterez pas de survivre à l’addiction, mais que vous construirez une vie qui la rendra obsolète.